Lagonna-Daoulas, France

Logonna-Daoulas, la Bretagne au naturel

Ces dernières semaines sont pour nous une période de transition. Tout nous projette dans notre futur proche et notre nouvelle vie, tout nous y prépare mais nous n’y sommes pas encore. Bloqués pour un temps dans un entre-deux inconfortable, où parfois, on se sent piégés.
Dans ces moments-là, on a notre stratégie : sortir, s’enfuir, explorer !

Alors, la dernière fois que cette immobilité grise nous a pesé, on a mis les voiles vers Logonna-Daoulas.

Tous les deux, nous avions besoin d’air, de vent salé et de nature. On nous avait conseillé la petite randonnée de la pointe du Bendy, et comme on avait déjà épuisé notre stock d’idées de balades bretonnes, on a décidé de tenter le coup. On s’empêtrait dans la grisaille collante de l’ennui, on voulait se secouer, s’en débarrasser, mais sans trop y croire.
Ça a été une surprise bienvenue, un vent d’air frais, une bouffée d’oxygène !

La promenade a commencé par des jeux dans les rochers. Avant le début du sentier, une pointe rocailleuse qui cache la mer : on escalade, saute de pierre en pierre pour découvrir le paysage que nous cache la butte léchée par les vagues. Bien cachée, à l’abri, une petite crique nous fait de l’oeil, mais la marée monte et recouvre peu à peu le chemin que nous nous étions tracé. Retour en arrière, riant toujours, avant de se lancer vers le sentier “officiel”.

Le chemin tourne et vrille, monte, descend, et nous traversons divers paysages, tous plus beaux les uns que les autres. Une petite anse protégée du vent par des formations rocheuses, un passage sur la dune, un couloir sous les arbres, teinté de vert par la canopée traversée par les rayons du soleil.
On ne s’attendait pas à tant de diversité. On s’extasie, on rit, on s’embrasse de joie : la grisaille est partie, on RESPIRE.
Et juste quand on se dit “ça ne pourrait pas être mieux”, un voilier apparait entre deux pans rocailleux et le reflet du soleil sur sa voile nous fait sourire encore davantage.

Mais Logonna, ce n’est pas que la mer, c’est aussi la lande et les bruyères, sa flore particulière. Pour les végétaux, le milieu est supposé “hostile” : tant de sel et de vent force la plante à s’adapter pour survivre. Alors les espèces qui peuplent le bord de mer prennent cet aspect brut, sauvage, presque rugueux qui me plait tant. La roche et la plante subsistent en harmonie. Cet aspect rêche pour moi résume la Bretagne : la beauté qui émerge, façonnée par les attaques du vent, patinée par le sel, mais libre.

Ces plantes, je les connais par cœur. Elles peuplent les paysages de mon enfance. Certaines m’ont toujours fait rêver, comme les doigts de sorcière, couvre-sol qui poussent sur les rochers de bord de mer et fleurissent seulement la journée, dont le nom m’emmène vers les cercles celtiques païens, la magie verte et les légendes du Petit-Peuple.

La plupart griffent, accrochent, piquent, toutes sont belles.

Mais le sentier que nous suivons nous mène aussi à une colline boisée. L’ombre fraiche nous fait du bien : le soleil cogne. Je respire l’odeur verte qui flotte dans l’air, celle des grands arbres qui étendent leurs feuilles. Nous grimpons, grimpons : arrivée en haut, la vue vaut le coup ! Un panorama sur toute la pointe, la mer à perte de vue, les villes qui se déploient sur les pointes suivantes.
Je suis fascinée par la façon dont la lumière joue avec les crêtes des vagues. Je pourrais rester des heures à contempler les gerbes d’écumes quand elles s’éclatent contre les rochers, à observer les mouvements de l’eau, les dégradés de bleu et de vert dont les teintes changent à chaque seconde. Le spectacle de la mer m’apaise, il m’a toujours apaisé.
J’ai le regard perdu dans les flots quand Thibaut m’attrape le bras : “Eh, regarde !”
Le chemin redescend abruptement la colline, mais les arbres recouvrent toujours le chemin. De la trouée où nous sommes, au sommet, j’aperçois ce qu’il veut me montrer : un espace dépourvu d’arbres qui ouvre une fenêtre sur le sentier en contrebas.
Pas besoin de plus, je sais ce qu’il a en tête : je pars en courant et dévale la pente, manque de m’étaler à terre plus d’une fois, bute sur les cailloux, les racines qui émergent du sol… Mais j’arrive saine et sauve en bas. Je repère facilement le trou à l’échappée de lumière qui éclaire la promenade plongée dans l’ombre. Je souris et me jette dans l’ouverture, les bras levés ; je cherche Thibaut du regard et je l’aperçois, tout en haut. Ça fait une drôle d’impression. Je devine qu’il me sourit (je le connais), puis distingue son pouce levé : c’est bon. Quelques secondes plus tard, il disparait de mon champ de vision ; encore quelques autres et il arrive à petites foulées, parfaitement stable là où je trébuchais sans arrêt (ma maladresse est légendaire).
On rit ensemble de nos bêtises et on reprend la route. Mais nos âneries font de belles photos.

Après la rudesse rocailleuse et poétique du début d’après-midi, la douceur de la verdure nous fait du bien. Le soleil filtré par les feuillages nous plonge dans une atmosphère de conte. On ne s’arrête plus de sourire : la proximité avec la nature nous a rendu notre enthousiasme, on se sent de nouveau nous-même, enfin !
Presque seuls, nous n’avons quasiment croisé personne, sauf, évidemment, quand on préparait une photo à la con (forcément), l’appareil perché en haut d’un arbre. L’air frais et la bonne humeur retrouvée nous font jouer comme des enfants.

Au détour du chemin, je tombe sur un arbre tout tordu dont le tronc bouche le passage : c’est un banc parfait ! Thibaut s’est arrêté quelque part prendre une photo, je l’ai semé. Je m’assieds pour l’attendre. Forcément, quand il me voit, il se met en position photo. Je me moque de lui – je lui répète tout le temps qu’il me prend trop en photo – et fais le pitre. Il photographie quand même. Encore une fois, nos bêtises ne rendent pas si mal, finalement !

Cela fait déjà bien deux heures que l’on est partis (mais vu le temps qu’on passe à s’arrêter pour regarder un oiseau, prendre une photo, ou juste prendre le temps de profiter, ce n’est pas étonnant) et l’heure tourne. On sort la carte sur le téléphone pour se repérer.
“Tu as noté où on a garé la voiture ?
– Ben… Non ?
– Eh baaaah, on est perdus \o/”

Détail important : j’adore ne pas savoir où je suis, et je suis très douée pour ça !
Alors on ne s’inquiète pas, mais on est quand même censé retrouver la famille bientôt… Alors on improvise. On finit par sortir plus ou moins à travers champ pour retrouver la route, que l’on suit jusqu’à reconnaitre le chemin fait en voiture à l’aller. On suit alors notre itinéraire, mi-à l’instinct, mi-au souvenir, et on retrouve notre petite auto. Tout est bien qui finit bien !
On rentre souriants et psychologiquement reposés ; comme quoi, notre stratégie est efficace !

Et en bonus de fin, rien que pour vous, parce qu’on ne voit pas assez Thibaut par ici (forcément, il est derrière l’objectif !) :


La boucle de la pointe du Bendy, à Logonna-Daoulas (29) est une chouette promenade en toutes saisons et en tout temps : relativement protégé, le chemin reste sec même lorsqu’il pleut ! La boucle fait 7,5km, soit une balade d’environ 2h30. Pour celleux qui souhaitent une randonnée plus aventureuse, il est possible de faire une boucle de 27km tout autour de la presque-île ! Les guides des chemins de rando sont disponibles à l’accueil de la mairie (si vous ne voulez pas finir à travers champs, comme nous).
Même si le chemin grimpe, il est tout à fait praticable par tous les niveaux, c’est une randonnée facile pour toustes. En pleine rade de Brest, le sentier ouvre la vue sur les deux presqu’îles voisines, celles de Landévennec et de Plougastel et on peut apercevoir respectivement le sillon des anglais et l’école navale, ou la pointe de l’Armorique. L’endroit est vraiment beau et mérite le détour ! Et si vous voulez découvrir Logonna-Daoulas plus en profondeur, il y a 6 autres sentiers de randonnées, de différentes longueurs mais toujours de niveau facile. Vous pouvez même télécharger les topo-guides sur le site de la commune !
Enfin, si une rando vous suffit, Logonna est une commune pleine d’histoires et de légendes ! On y trouve bon nombre de chapelles, souvent près de sources dont certaines sont supposées avoir des vertus magiques… Celle de la chapelle Sainte-Marguerite par exemple, aiderait les futures mamans à allaiter.
Si vous avez le temps, passez par le château de Rosmorduc, sur la route de L’Hopital-Camfrout, vous y trouverez au passage un des tout premiers menhirs christianisés bretons, représentant les douze apôtres.
Et pour celleux qui aiment les histoires de fantômes, passez par le Trou aux revenants, près du bourg de Logonna, où l’on aperçoit parfois les fantômes de ses proches…

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