Vallon de Narreyroux, France

Vallon de Narreyroux, refuge contre l’imperfection du monde

L’hiver touche à sa fin et l’odeur du printemps vient nous chatouiller les narines, amplifiée par l’odeur piquante de la neige fraichement tombée. Délicieux contraste entre le froid vif de l’air et la chaleur caressante du soleil qui darde ses rayons sur nos épaules.

Il nous faut d’abord parcourir les routes en lacets qui grimpent jusqu’à la station. Ensuite commence réellement la marche. Le chemin serpente, monte, glisse, verglacé. On court, dérape, tombe, en riant comme des enfants. Et soudain, on débouche sur la pente lisse et damée d’une piste de ski. À gauche, à droite, les arbres dénudés, en face et derrière, les pics enneigés. Il faut bien traverser.

Entre le vertige léger d’un tel face à face avec la montagne, l’inquiétude de gêner les skieurs et l’angoisse de glisser, il me faut plusieurs minutes pour franchir la piste. Thibaut trace devant, pour me donner confiance. Je fais mine que ma lenteur est choisie, m’arrête au milieu, contemple la vallée en contrebas et le pic qui la surplombe.
Finalement, j’avance. Ce n’était pas si dur, je n’ai gêné personne, je n’ai pas glissé.

Nous voilà pour de bon sur le chemin, plus d’obstacles. L’altitude nous donne des ailes. Impossible de résister à l’appel de la montagne, encore en hibernation sous ses mètres de neige. La poudreuse monte jusqu’au dessus des chevilles, même sur le chemin. Qu’importe, la sensation craquante et légère de la neige sur et sous les pieds apporte sa richesse sensorielle à la marche.

La beauté de la neige intacte m’attire, aussi la volonté de me rapprocher des sommets qui me toisent de leurs cimes. Une soudaine envie de liberté, je jette à terre tout ce qui me gêne, prends mon élan et cours, tant pis pour le chemin. La poudreuse m’accueille, m’enlace, s’attache à mes jambes et freine mon avancée. Je ris, je joue, pourquoi suivre la voie toute tracée ? Rien ne m’y oblige !

La civilisation n’existe plus, l’agitation de ma vie citadine n’a plus de sens ici. Il n’y a plus que nous, et la montagne. Le soleil joue avec les crêtes, nous réchauffe ou nous délaisse au rythme des sinuosités que nous suivons. Le jour baisse, la fatigue doucement pointe le bout de son nez, mais la joie domine et nous porte. Nos éclats de rire font échos aux pépiements des oiseaux et aux crissements de nos semelles sur la neige.

Un dernier tournant et soudain, le refuge.

Le hameau se dresse, perché en haut de son promontoire. Il faut quitter le chemin et grimper dans la neige qui monte jusqu’aux genoux. S’aider des bras, des mains, tailler des marches dans la matière molle. Mais en haut, c’est encore à couper le souffle. Le calme apaisé des chalets d’alpage, la chaleur douce des couleurs du bois, le silence reposant.

J’ai trouvé mon parfait repère d’écrivain, sa mine inépuisable de paysages à immortaliser au rythme des saisons. Notre sanctuaire contre les fracas du monde.


Le Vallon de Narreyroux, 1780 mètres d’altitudes, à Puy-Saint-Vincent au cœur du massif des Écrins dans les Hautes-Alpes (05). Hameau perdu dans la montagne, ses chalets d’alpage sont maintenant uniquement habités l’été.
Proche de la station Puy-Saint-Vincent 1600, la balade qui mène à Narreyroux reste accessible, même en hiver. À pieds, ou en raquette, c’est une sortie familiale parfaite pour un après-midi ensoleillé. Les pistes nordiques laissent aussi envisager la possibilité d’un itinéraire en skis de fond, à condition d’avoir un bon anti-recul car certaines portions s’avèrent pentues. Les pistes de ski alpin ne sont pas loin non plus : il faut d’ailleurs en traverser une pour rejoindre le vallon, au départ de la station 1600.

Le chemin serpente, et offre au promeneur toutes les facettes des beautés de la montagne : étroit sentier à la vue plongeante vers la vallée, large boulevard qui ouvre le regard sur les sommets, pente verglacée qui glisse entre les mélèzes, piste qui court le long du torrent. On n’en finit pas de s’émerveiller.
De quoi se perdre dans plus grand que soi, communier avec cette nature qui nous dépasse, puiser dans la sérénité du paysage. Les sons amortis par la neige ou les feuillages selon la saison, les crissements de la poudreuse ou le chant du vent dans les branches. Un endroit parfait pour lâcher prise, se reconnecter à soi et dire adieu au stress.
J’adore la montagne, et chaque promenade dans la neige me réjouit, mais j’ai particulièrement apprécié cette balade adaptable à l’envi : on peut s’arrêter au hameau, pousser jusqu’aux alpages ou poursuivre pour rejoindre la cascade d’où débouche le torrent, une heure plus loin. L’alternance des paysages a mis des étoiles dans mes yeux. Nous avons passé un après-midi de rêve, et le hameau est sans hésiter un coup de cœur de notre séjour dans les Alpes.

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